04/12/2012

Un AVC qui révèle qui sont les affreux

 

Deux extraits du roman : LES AFFREUX de Chloé SCHMITT. Albin Michel 2012

En pensant à vous à qui on oublie de donner la parole

 

Maintenant Clarisse doit se charger de tout : retraite anticipée peut-être, pension et je ne sais quoi encore. A vrai dire personne n’a jugé bon de me tenir au jus. Le fric exige d’être bien vivant. J’étais au bout.

………

Ca leur venait en démangeaisons, me réveiller. A toute heure je somnolais, après un AVC…. – Bougez le pouce !... Un petit effort…Allez…C’est quoi sur l’image… Là !…Regardez !...Je bronchais pas, je me rendormais. Ils ont  vite compris que j’étais pas dans le coup. Ils me calculaient idiot. Pause-café, ils ont déserté ma chambre.

Régulièrement des ventres plus ou moins mous s’écrasaient sur mon visage pour changer ma perf. Je devinais sous le tissu leurs mollets, des mollets impatients, tendus vers demain et demain encore. Ils avaient leurs jambes eux, alors faut les comprendre, ils couraient.  … Ils entraient dans ma chambre comme pour mieux en repartir, tout juste assez professionnels pour qu’on les oublie. Quand même leur valse commençait par me bouffer. A force de nous fréquenter nous,  demi-morts, ils se croyaient bien vivants. Je les observais ronger, à coups de talons, le lino et les secondes. Chacun de leur pas creusait un peu plus ma peine.

Jamis Bond

 

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